La Villa Cavrois : l’oeuvre de Mallet-Stevens

Naissance et renaissance d’une oeuvre architecturale

Prenez les manteaux, écharpes, gants et bonnets : on part dans le Nord. Pas n’importe où dans le Nord : juste à côté de chez moi (vous en apprenez un peu plus sur moi au fur et à mesure…). Je sais, au niveau climat, ce n’est pas la meilleure période, mais croyez moi, cette visite le vaut bien. C’est près de Lille que je vous emmène, à Croix exactement, pour visiter la maison Cavrois.    

Cavrois
Villa Cavrois – Croix – Crédit photo : Takahashi

Cette villa a une très belle histoire, un peu conte de fées.  Je vais vous en donner les grandes lignes en espérant vous donner l’envie, si ce  n’est de vous rendre à Croix pour la visiter, au moins pour voir le site qui lui est consacré.

Paul Cavrois, industriel du textile, commande, en 1929, une villa  à l’architecte Robert Mallet-Stevens, avec pour principales attentes : « air, lumière, travail, sports, hygiène, confort et économie ». Il souhaite pour sa famille un cadre de vie sain, confortable et moderne. Il lui laisse toute liberté  pour concevoir la maison familiale, la seule condition étant de respecter le budget.

La maison est inaugurée trois ans plus tard… on ne le sait pas encore mais elle deviendra l’oeuvre emblématique de Mallet-Stevens.

En effet, bien plus qu’une villa, c’est un château moderne que Mallet-Stevens livre à la famille Cavrois. Ses dimensions sont impressionnantes : elle a une façade de 60m de long,  et 2800 m2 de plancher. Elle est d’avant-garde : de nombreux toits-terrasses,  un équipement de pointe : ascenseur, chauffage central….

Et Mallet-Stevens ne se contente pas de l’architecture, il dessine tout le décor et le mobilier : c’est une oeuvre aboutie.

Durant la Seconde Guerre mondiale, la villa Cavrois est occupée par l’armée allemande et transformée en caserne. Au lendemain de la Libération, les Cavrois font modifier la distribution intérieure de la villa par l’architecte Pierre Barbe, qui aménage deux appartements pour les fils de la famille.

À la suite du décès de Madame Cavrois, en 1986, le mobilier dessiné par Mallet-Stevens est dispersé et la villa est mise en vente. Acquise par un promoteur immobilier, la demeure est promise à la destruction et le parc est loti. Le classement au titre des Monuments historiques en 1990 ne suffit pas à sauver la villa : le propriétaire la laisse volontairement se dégrader sous l’action conjuguée des squatteurs et des pillards.
En 2001, l’État achète la villa et la partie centrale du parc. D’importants travaux sont immédiatement engagés par la direction régionale des affaires culturelles – DRAC du Nord-Pas-de-Calais pour restaurer le clos et le couvert.

Treize ans sont nécessaires pour restaurer la villa et son parc dans leur état de 1932. Ce chantier exceptionnel a nécessité des recherches historiques et archéologiques pointues, et a mobilisé les savoir-faire d’artisans hautement qualifiés, afin de restituer le plus fidèlement possible le dessein de Mallet-Stevens. Et je le dis : ils peuvent être fiers du résultat et de leur travail.

A cette très belle visite, s’ajoute une anecdote personnelle, que je partage avec vous. Ma famille maternelle est originaire de Croix,  et ma Maman a bien connu la maison Cavrois, notamment pendant la période d’occupation : après le départ de l’armée allemande, la maison est restée inoccupée quelques temps, et les petits croisiens ont trouvé dans ce château une aire de jeux digne de ce nom ! Parmi eux, il y avait Maman.  C’est avec beaucoup de plaisir qu’elle m’a donc accompagnée pour admirer la renaissance de la Villa Cavrois, et me faire partager ses souvenirs au fur et à mesure de notre visite. Je garde de ce moment Emerveillement et Emotions.

fullsizeoutput_184

Site web : http://www.villa-cavrois.fr

 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Le Style « Castaing »

Madeleine Castaing (née Marie Madeleine Magistry le 19 décembre 1894 à Chartres, et, décédée le 17 décembre 1992 à Paris) est une antiquaire et décoratrice française.

castaing
Madeleine Castaing

Elle épouse en 1915 le critique d’art Marcellin Castaing, de 20 ans son aîné, réputé pour son impressionnant culture littéraire et artistique. Il lui offre dans les années 1920 une gentilhommière néoclassique dont elle rêve depuis longtemps dans la campagne de Chartres, afin qu’elle puisse se « défouler », et exprimer sa vocation naissante pour la décoration.

Les Castaing sont des mécènes, essentiellement de peintres de l’Ecole de Paris et d’artistes de l’académie de la Grande Chaumière. Madeleine est l’amie d’Erik Satie, de Maurice Sachs, de Blaise Cendrars, d’André Derain, de Jean Cocteau (dont elle aménage la maison à Milly-la Forêt), de Chagall, d’Iché, de Pablo Picasso, de Henry Miller, de Louise de Vilmorin, et de Francine Weisweiller (dont elle décore la villa de Saint-Sospir à Saint-Jean-Cap-Ferrat).

A partir des années 1930, les choix artistiques de Madeleine Castaing jouent un rôle considérable dans le monde de l’art, aussi bien à travers sa profession d’antiquaire que dans son métier de décoratrice. Elle ouvre sa galerie d’antiquités rue Jacob à Paris en pleine guerre.

gentilhommière de Lèves - Castaing
Gentilhommière de Lèves

Elle initie le style bourgeois-bohème-chic et libère les codes classiques de leurs carcans stylistiques. Son style particulier impose le mélange des genres et d’ambiances. Sa personnalité originale et fantasque lui permettent de mélanger, même à l’époque, une moquette au motif léopard et du mobilier style Napoléon III, d’y ajouter des meubles exotiques en bambou, et des objets chinés .

Elle met l’accent sur la matière en jouant avec de belles étoffes, aux motifs variés (losanges, faux léopards, rayures bayadères, chintz, motifs cachemires). Elle met la couleur bleue à l’honneur, bleu clair et intense qui lui sert souvent de signature. Madeleine Castaing s’inspire de l’esthétique néoclassique, en l’interprétant à sa manière. Selon sa propre devise, la décoratrice d’intérieur fait des maisons comme d’autres font des poèmes. Son disciple principal, l’architecte Jacques Grange, évoque à son propos « des émotions que l’on ne connaissait pas jusqu’alors dans le monde de la décoration ». Ces émotions influencent encore aujourd’hui les décorateurs et architectes d’intérieur français et étrangers.

J’ai un coup de cœur pour Madeleine Castaing, d’abord parce qu’elle est autodidacte. Je perçois, dans ses réalisations qu’elle s’est laissée porter par sa sensibilité féminine et sa culture artistique, nourrie de son métier d’antiquaire et de ses échanges avec des artistes. Son style inspire une grande liberté dans le mélange des genres, et demande une grande maîtrise, sans laquelle on peut vite être dans la fausse note.